Les
PRAG et les PRCE n’ont pas seulement été privés de la
revalorisation RIPEC, ils ont été totalement disjoints des
enseignants-chercheurs par les textes en vigueur, alors qu’auparavant
ils étaient régis par les mêmes textes que les
enseignants-chercheurs pour certaines primes et indemnités, ou par
des textes jumeaux publiés le même jour dans le même journal
officiel.
Cette
différence symbolique peut apparaître de peu d’importance, mais
en vérité la différence quantitative entre la revalorisation des
primes et indemnités des enseignants-chercheurs et celle des
« autres enseignants » du supérieur « ayant
également la qualité de fonctionnaire » (c’est la
terminologie du Code de l’éducation) que sont les PRAG et les PRCE
est une des conséquences de cette différence symbolique, une de ses
déclinaisons.
Cette
différence symbolique s’est notamment manifestée en juin 2020 au
CNESER,
où le SAGES a dû affronter l’hostilité ouverte de Mme VIDAL,
alors ministre de l’ESR, à l’encontre des PRAG et PRCE.
Hostilité qui s’est notamment traduite, dans le vote final, par la
soumission d’une proposition de loi qui ne tenait aucun compte de
tous les amendements que le représentant du SAGES était parvenu à
faire adopter par le CNESER auparavant lors de la discussion et du
vote amendement par amendement. Cette attitude de la ministre Vidal
présageait déjà de ce qui allait advenir pour les primes et
indemnités, surtout que c’est à cette même ministre qu’on doit
un décret RIPEC qui exclut les PRAG et les PRCE, doublé d’une
absence de véritable revalorisation de la PES
de ces derniers.
Par
l’intermédiaire de Mme VIDAL d’abord, et ensuite par tous les
ministres de l’ESR qui lui ont succédé, la différence symbolique
a pris une autre dimension conduisant à considérer que même en
matière d’enseignement en licence ou en IUT, les
enseignants-chercheurs et les « autres enseignants » du
supérieur ne faisaient « pas le même métier ».
À
ces explications il faut en ajouter une autre, qui ne nous pas
échappé depuis déjà plusieurs années mais que nous préférons
ici présenter via un article de la revue « Pour la science »
mis en ligne le 14 février 2026 et écrit par le professeur Yves
GINGRAS,
et qui a d’autant plus de poids qu’elle émane d’un professeur
d’université qui a lui-même une activité de recherche riche et
de qualité :
« Les
publications, budgets et brevets d’invention étant plus faciles à
mettre en avant que les qualités d’un bon enseignant ou d’un
programme de formation original » « la tendance à miser
sur la recherche plutôt que sur l’enseignement [est] devenue
dominante et [s’est] imposée comme critère de « qualité »
des universités se prétendant de « classe mondiale » ».
c’est
ce qui explique que « L’enseignement
s’est ainsi vu peu à peu déprécié dans les discours des
dirigeants alors même qu’il demeure au cœur des activités des
universités, les étudiants de premier cycle composant toujours la
majorité des inscrits et la formation de chercheurs de niveau
doctoral ne dépassant généralement pas 25 % des effectifs
» ; « C’est cette emprise excessive de la
logique du champ scientifique sur celle du champ universitaire qui
explique ces discours et décisions somme toute irrationnels des
dirigeants » ; « Leurs interventions se focalisent
sur les « chercheurs étoiles » et sur les millions
d’euros obtenus auprès de divers organismes de recherche ».
En
résumé, le RIPEC est avant tout une opération de mise en vitrine
de ce que les pouvoirs publics et les présidents d’université
considèrent comme étant le plus valorisant pour leur boutique et
pour se valoriser eux-mêmes, à savoir l’activité de recherche la
plus immédiatement et aisément valorisable. Tout comme il est plus
aisément et immédiatement valorisant de poser pour l’inauguration
d’un nouveau bâtiment que de se consacrer au bon entretien des
ponts et chaussées !
Le
SAGES est à ce jour le seul syndicat à avoir exercé un recours
national
et international
pour que les PRAG et les PRCE bénéficient d’une égalité de
traitement en matière de primes et indemnités liés à
l’enseignement en licence ou en IUT (notamment). Mais le SAGES a
inscrit son combat, comme sa réclamation adressée au CEDS,
dans un combat bien plus général que la seule obtention de la
revalorisation RIPEC, qui n’est que l’une des déclinaisons d’un
combat plus global : faire considérer et traiter les PRAG et
les PRCE comme des enseignants du supérieur à part entière. Il
doit en découler une égalité de traitement en matière de primes
et indemnités liés à l’enseignement en licence ou en IUT
(notamment), mais pas seulement.
L’absence
d’octroi du RIPEC a suscité chez l’immense majorité des PRAG et
PRCE une totale incompréhension, bientôt suivie d’une grande
colère, d’un très fort sentiment d’injustice et d’avoir été
oubliés. Toutefois ce n’était là que la partie la plus
immédiatement directement et personnellement visible d’une absence
de considération pour les PRAG et pour les PRCE. Et il faut, comme
le font les recours du SAGES remonter toujours à la racine des
choses et des textes, à la réalité des fonctions et missions des
PRAG et des PRCE en fait comme en droit. Comme le SAGES l’a fait
dans sa réclamation adressée au CEDS.
Le SAGES n’a en revanche pas mis en ligne ses autres recours
depuis, car nous constatons que certaines des analyses et
revendications du SAGES sont utilisées par d’autres sans que la
source en soit jamais citée. Et pour perpétuer cette source, il
faut qu’en décembre 2026 PRAG et PRCE votent pour le seul syndicat
qui veut et peut les défendre, le SAGES, sans quoi ils risquent de
ne plus être défendus que par des lamentations et des
imprécations !